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Des efforts notables ont été accomplis par les autorités publiques en matière d’appui à l’investissement et à la création d’entreprises

Développer l’économie des Comores passe certes par le développement du secteur privé, créateur de richesse pour la Nation, d’emplois durables et de recettes fiscales pour les finances de l’Etat, le secteur public étant saturé. Pour cela, il est nécessaire de favoriser un environnement économique, administratif et financier propice à encourager les initiatives privées, les investisseurs nationaux et extérieurs. Le gouvernement par l’intermédiaire de l’Agence Nationale pour la Promotion des Investissements (ANPI) a mis en œuvre un programme remarquable pour faciliter la création d’entreprises, réduire les délais administratifs et informer les entrepreneurs sur la législation, les différentes démarches administratives, les facilités accordées y compris les possibilités d’exonération à la douane pour certains biens productifs. De même, les Chambres de commerce de l’Union et des îles jouent un rôle non moins important avec notamment la mise en œuvre du programme « OSER ENTREPRENDRE » avec l’octroi de bourses pour les meilleurs projets et un accompagnement des créateurs d’entreprises lauréats dudit programme. L’organisation par les Chambres de commerce (UCCIA et Chambres insulaires) et du patronat comorien au sens large du terme des trophées des meilleurs entrepreneurs de l’année, sans omettre la création d’une cour d’arbitrage participent à cet effort pour encourager les initiatives d’entrepreneuriat des jeunes et des moins jeunes.

Néanmoins, il faut aller au delà de ce qui a été fait jusqu’alors. Il est nécessaire de développer davantage la culture de l’entrepreneuriat et de libérer davantage le capital et donc le crédit pour les entreprises.

La culture de l’entrepreneuriat doit être intégrée dans le système de l’éducation nationale avec un renforcement de l’enseignement des langues habituellement utilisées dans les affaires en particulier dans les pays anglophones et arabes

A l’exemple des pays anglophones, l’éducation à l’entrepreneuriat et à la création d’entreprises privées doit être introduite dans le système éducatif national dès l’enseignement secondaire afin de donner le goût et l’envie d’entreprendre aux jeunes et aux moins jeunes. Des modules consacrés aux managements et à la gestion des sociétés et projets privés doivent dès le lycée jusqu’à l’université. Le marché comorien n’étant suffisant grand, il convient d’orienter les jeunes sur les marchés arabes du Moyen orient et de l’Afrique anglophone à commencer par l’Afrique du Sud et la Tanzanie. Il me semble nécessaire de développer cette culture des initiatives privées en la couplant avec l’enseignement des langues d’affaires pour lesquelles les hommes d’affaires comoriens peuvent entrer dans les marchés. Cela concerne l’anglais et l’arabe des affaires en plus du français. Ce qui implique bien entendu un renforcement de la formation et de la qualification des enseignants comoriens avec la mise en place d’un programme de formation continue pour ces derniers.

 

L’enseignement académique et le monde des affaires en particulier celui de l’entreprise doivent s’imbriquer davantage pour développer encore plus le goût pour l’entrepreneuriat et rendre les jeunes diplômés plus opérationnels sur le marché de travail

Des ponts interactifs et professionnalisés doivent être développés entre le monde de l’entreprise et des affaires et les écoles publiques et privées ainsi qu’avec l’Université des Comores avec une généralisation des stages et du tutorat voire du monitorat. Pour ce faire, une généralisation du recours aux professionnels et des praticiens des entreprises privées dans les domaines du management et des modules du monde des affaires et des projets de création d’entreprises doit constituer une façon de renforcer le goût pour l’entrepreneuriat.

Il est primordial de réduire le coût de revient global du crédit pour les entreprises et faciliter ainsi le financement de leurs activités productives

De même, le coût de financement des activités des entreprises doivent être revu à la baisse de façon à stimuler les entrepreneurs locaux avec un coût de revient du crédit plus abordable et un taux d’intérêt moins élevé. Certes, il existe des projets en cours pour abaisser le loyer de l’argent avec la création d’un fonds de garantie voire l’octroi de taux bonifié induisant un coût d’emprunt plus faible. Ces initiatives sont certes salutaires mais malheureusement elles n’ont pas suffisamment denses pour toucher un large public et les conditions d’accès sont réservées à certaines catégories de personnes. Par conséquent, ces mesures devraient être densifiées et amplifiées pour permettre d’avoir un effet significatif sur les initiatives de création d’entreprises, sur la croissance économique et donc sur la réduction du chômage avec la création d’emplois durables.

Les flux de transfert d’argent de la diaspora, premier investisseur extérieur doivent être orientés vers le secteur productif.

De même, la diaspora comorienne étant le premier investisseur en direction des Comores avec un flux de transfert d’argent dépassant 170 % du Budget national, il est primordial de mettre en place un programme national de mobilisation et d’orientation des fonds de la diaspora comorienne dans les secteurs productifs locaux avec des mesures fiscales, douanières et financières d’encouragement dans l’investissement productif avec la création de produits financiers de placement et d’épargne de la diaspora . Ces fonds qui pourraient être utilisés pour des projets de développement national spécifique et identifiés ou pour permettre notamment de réduire le coût du crédit des nouvelles créations d’entreprises issues ou non de la diaspora. La Banque Centrale des Comores a entamé une démarche similaire avec la mise en place d’études de faisabilité auprès de la diaspora comorienne. De telles initiatives doivent être encouragées, être mis en œuvre en urgence en dehors de toute considération politique. Une priorité doit être accordée à la création d’emploi pour les jeunes car l’ampleur du chômage de ces derniers dépasse les 45% et a des effets dévastateurs au niveau social. Ce programme devrait être mis en œuvre conjointement par le Ministère de l’Economie, des Finances chargé de l’Investissement et par le Ministère des Relations Extérieures en particulier par le Commissariat chargé de la Diaspora.

L’environnement économique doit être amélioré par un climat des affaires encore plus attractif reposant notamment sur une politique anti-corruption implacable et sur une justice égale pour tous

Bien entendu, de telles réformes ne peuvent être menées à bien sans une amélioration de l’environnement économique à commencer le bon fonctionnement des institutions de lutte contre la corruption en particulier la Commission de Prévention et de Lutte contre la Corruption. La justice se doit rester implacable. L’objectif doit être avant tout la mise en œuvre des moyens législatifs existants, judiciaires et réglementaires pour tendre vers une tolérance zéro en matière d’impunité et la valorisation de l’exemplarité. En effet, il n’est plus tenable politiquement et économiquement que ce soient les personnes qui détournent les biens publics que la population ou certaines catégories de nos concitoyens applaudissent. Un nouveau décret présidentiel renforçant sensiblement les pouvoirs de la Commission anti-corruption (CNPLC) vient de voir le jour. Cela constitue une avancée significative dans la lutte contre la corruption à condition que ladite commission dispose de ressources financières stables lui permettant de mettre en application les mesures qui s’imposent pour traquer et dénoncer les actes de corruption en usant de son statut d’autorité administrative indépendante. Les effets d’annonce doivent par conséquent se traduire en actes pour faire cesser le sentiment d’impunité qui gangrène la société nationale. Des actions concrètes et visibles par tous en plus d’un programme national de prévention ne peuvent que favoriser un environnement économique dynamique et créateur d’emplois.

Valoriser l’exemplarité, l’éthique de la responsabilité, les efforts accomplis avec probité doit être une étape préalable à une révolution des mentalités au service de l’intérêt national.

Nous devons encourager et valoriser l’esprit de responsabilité, l’esprit d’initiatives ainsi que les personnalités qui réussissent sans aucun soupçon d’enrichissement illicite. Les valeurs d’honnêteté, de patriotisme, de mérite et d’égalité des chances dans les droits fondamentaux et dans la réussite doivent être mises en valeur au sein de la société et dans le système d’éducation nationale. Certes, les efforts restant à accomplir pour la société comorienne s’approprient ces valeurs cardinales ne sont pas aisés à mettre en œuvre néanmoins, ils restent indispensables pour faire émerger un état d’esprit compatible avec un développement économique et social, durable et efficient pour réduire la pauvreté et améliorer le bien-être de la population au quotidien. La volonté politique et une prise de conscience collective constituent les principaux moteurs d’un tel changement. L’échelle des valeurs doit être mise à l’endroit pour permettre une révolution des mentalités propice à l’endiguement du fléau que constitue la corruption sous toutes ses formes au sein de la société. Le sentiment d’une justice égale pour tous contribuerait grandement au renforcement de la cohésion nationale, à la préservation de l’unité nationale ainsi qu’à l’amélioration de l’environnement économique tant recherché pour encourager les investisseurs potentiels de toutes origines.

Darchari MIKIDACHE

Tag(s) : #Chronique éco

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