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Par Darchari MIKIDACHE, Président du Cercle des Economistes et des experts Comoriens (CEEC)

 

Récemment, la jeunesse comorienne a organisé une réunion à Moroni la capitale des Comores pour réclamer du travail. Selon des sources dignes de foi, le taux de chômage aux Comores pourrait dépasser 60% de la population active bien qu'il n'existe pas encore d’Office National de l'Emploi, (projet en cours).

Les traitements et salaires des agents de l'Etat représentent pratiquement 61% du budget national. De ce fait, les autorités publiques réfléchissent à la mise en place d’un programme national pour stabiliser à défaut de pouvoir réduire la masse salariale de la fonction publique, conformément aux directives des institutions financières internationales notamment le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale. De ce fait, la fonction publique étant saturée, il est difficile pour les jeunes et les diplômés de s'attendre à y recruter. Les recrutements éventuels doivent se faire dans le respect des cadres organiques définis par les autorités publiques.

Dans ces conditions, comment est-il possible de développer l'emploi dans le secteur privé? Comment relancer l'activité économique de transformation des produits avec label "Made in Comores", seule voie créatrice de richesses, de valeur ajoutée et d'emplois ?

Avant tout, il est essentiel de promouvoir les activités dans les domaines de l'agriculture, l'agro-alimentaire, le développement d'industries de transformation utilisant des ressources nationales, de la main d'œuvre et de produits locaux.

 

Promotion de l'Agriculture et de l'agro-alimentaire

La création d'un Fonds Stratégique de Développement Agricole en tant qu'Agence Nationale de Promotion de l'Agriculture et des activités agro-alimentaires serait une mesure essentielle à la fois pour développer une agriculture moderne et durable mais également pour encourager les entrepreneurs privés à investir dans les secteurs productifs induisant une création de valeur ajoutée avec la transformation de matières et produits locaux. Parmi les missions qui pourraient être assignées à cette agence figurent les actions suivantes : promotion, formation, coopération Internationale, aide à l'importance des semences, gestion de demande d'exonération où de réduction des importations des intrants et outils de production pour les produits « made in Comores », centre de mutualisation des techniques agricoles, de soutien et d'accompagnement des agriculteurs et des entrepreneurs exerçant leurs activités dans les secteurs de l'agro-alimentaire, aide à la gestion comptable et commerciale, commercialisation et marketing pour la recherche de débouchés (pays de la Commission de Océan indien, COMESA, AGOA...UE). Dans cette optique, la création d'une banque nationale pour le développement de l'agriculture avec l'octroi de crédit à taux spécifique constituerait in instrument complémentaire pour rendre viable la promotion des activités agro-alimentaires. Cela suppose que les autorités publiques augmentent de façon significative le budget national consacré à cette nouvelle stratégie de développement de l'agriculture et de transformation des produits locaux en le faisant passer progressivement sur 5 ans de 1% à 10% puis 15% , soit un fonds annuel de l'ordre de à 5 à 7 milliards de francs comoriens.

 

Promotion des activités de production et de transformation "Made in Comores"

 

Il serait essentiel d'accompagner cette nouvelle dynamique de transformation de produits nationaux avec une loi de régulation et de développement économique favorisant la production nationale sous le label : «  Made in Comores  » :

- politique de réduction des tarifs douaniers pour l'importation des intrants, des semences, des machines agricoles et des appareils de transformation des ressources nationales, des outils de conservation, des machines de construction, d'élevage, de conservation des produits de l'industrie agro-alimentaire, machines outils... Les machines, matériaux, et matériels de construction devraient faire partie de cette liste pour encourager une politique de réduction du coût de la construction afin de favoriser l’accès à l’habitat pour tous et relancer indirectement la croissance économique et donc les recettes fiscales pour l’Etat . La relance de la croissance induira une hausse significative des ressources fiscales significatives dans la mesure où le nouveau code des impôts voté par l’Assemblée Nationale en fin d’année 2011 instaure une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui remplacera la taxe sur le chiffre d’affaires (TCA). Ce qui permettra de financer une grande partie des mesures proposées.

 

Valorisation de l'entrepreunariat et du secteur privé

La création d'un Centre National de Gestion Agréé (CNGA) avec des Centres régionaux localisés dans chaque île afin d'accompagner les jeunes créateurs d'entreprises dans leurs projets avec la création d'un Fonds stratégique de développement de l'entreprenariat et du secteur privé (FSDESP) servirait de moteur et de Maison Multiservices de création et d'accompagnement des nouvelles et jeunes entreprises relatifs à des domaines spécifiques prioritaires pour le développement national. Il serait souhaitable par conséquent de créer des Maisons Multiservices de l’Entrepreunariat (MME), idée déjà évoquée dans mon précédent article intitulé « Entrepreunariat et jeunesse : éléments de propositions ». Les créateurs d'entreprises passant par ces centres de gestion agréés bénéficieraient d'allègements fiscaux. Des accords pourraient être conclus avec les établissements de crédit en particulier les Mecks et les Sanduk pour qu'ils puissent bénéficier de réduction de taux d'intérêt dans le financement de leurs projets selon la viabilité de ceux-ci.

 

Intégration du secteur informel dans l'économie nationale

Le projet de loi de régulation économique doit comprendre un volet d'intégration du secteur informel dans l'économie. Celui-ci devrait y inclure un programme national quinquennal de lutte contre le secteur informel. La loi qui en découlerait rendrait obligatoire la tenue d'une comptabilité simplifiée pour toutes activités dépassant un certain seuil de chiffre d'affaires dont les montants sont à négocier et à définir entre les opérateurs économiques, les syndicats, les Chambres de commerce, OPACO et le Ministère de l'Économie... Un délai s'étalant sur une année serait proposé aux "nouveaux opérateurs économiques "qui se déclaraient de leur propre initiative. Ceux-ci seraient invités à adhérer au Centre National de Gestion Agréé (CNGA) pour bénéficier d'exonérations totales d'impôts pour la première année d'entrée en vigueur de la loi de régulation économique et de développement du secteur privé.

De même, l’'apport économique de la diaspora ne doit pas être oublié dans le développement du secteur privé source de création d'emplois et de richesses nationales.

La diaspora au service du développement

La diaspora en particulier celle vivant en France devrait être impliquée dans le développement national. Les transferts d’argent de celle-ci représentent 140% du budget national et atteignent presque 20% du Produit intérieur brut (PIB).

Le dernier acte de l'ancien président Ahmed Abdallah Sambi est la signature d'un décret créant une Commission Mixte Franco-comorienne censée comprendre en son sein un représentant du Ministère des Relations extérieures, du Ministère des Transports, des Finances, du Commissariat au Plan et des délégués de la diaspora. Parmi les objectifs visés figurent la mise en œuvre d'une organisation représentative de la diaspora et une stratégie pour qu’elle puisse contribuer de façon efficace dans le développement national. Au delà de cette Commission mixte, il est essentiel que la diaspora puisse voter des représentants au sein de la représentation nationale (Assemblée Nationale) en tant que Comoriens de l’Etranger.

Une loi spécifique pour favoriser les investissements de la diaspora dans le secteur productif et dans des secteurs définis prioritaires par l'Etat est primordiale. Un programme spécifique devrait être mis en œuvre pour encourager les investissements de la diaspora avec des mesures d'accompagnement spécifiques (selon le caractère productif ou non des biens importés, réduction partielle des tarifs douaniers, abattements fiscaux progressifs sur 5 ans.., guichet unique pour les démarches de création d'entreprises etc.). Pour ce faire, les principales Ambassades de Comores à l'étranger devraient être dotées d'un Bureau ou Centre de Développement Économique dans lequel un délégué de l'agence nationale de la promotion des investissements (ANPI) ou un délégué du Centre National de Gestion Agréé (CNGA) .Ce sera l’occasion sans omettre d’y installer également un Bureau du futur Office National du Tourisme (O.N.T).

Certains diront pourquoi faut-il créer des agences ou autres institutions alors que l'Etat n'a pas les moyens? La mise en application de la réforme fiscale avec la loi sur le nouveau code des impôts et celle de réforme de l'administration fiscale permettra non seulement d'augmenter les recettes fiscales mais également de les sécuriser avec notamment la mise en œuvre de la réforme en cours visant à favoriser un systèmes d'information intégré de toutes les directions générales du Ministère des Finances (Budget, Douanes, Impôts et Trésor)Il sera utile d’y inclure un fichier national sécurisé de tous contribuables particuliers en plus des contribuables professionnels (généralisation de l’attribution des NIF (Numéros d’Identification Fiscale). Cela passera notamment par un élargissement de l'assiette fiscale, qui figure parmi les propositions émises dans mon article intitulé « Principe de reforme de la fiscalité aux Comores ». Cela ne peut être viable que si on réforme de manière profonde les procédures de recouvrement des impôts pour les rendre efficaces tout en augmentant le taux de recouvrement territorial.

Bien entendu, il est primordial de créer un climat des affaires propre au développement des activités créatrices d'emplois.

Un cadre favorable aux affaires est primordial avec des infrastructures durables

La politique de renforcement du climat des affaires passe par plusieurs facteurs cumulatifs : la poursuite de la politique de prévention et de lutte contre la corruption avec la Commission Nationale de Prévention et de Lutte contre la Corruption (CNPLC), la création de tribunaux de commerce fiables parallèlement au démarrage des activités de la Cour d'Arbitrage qui vient d'être créée avec l'appui des institutions financières internationales y compris le PNUD, le paiement régulier des salaires des agents publics et des dettes intérieures de l'Etat comme en 2011, l'amélioration des infrastructures routières, l'énergie, infrastructures relatives au tourisme dont la revalorisation du patrimoine historique et environnemental national, les transports aériens et maritimes et la disparition du sentiment d'impunité avec le renforcement de la justice et de la sécurité sous toutes ses formes (affaires, sécurité des biens et des personnes, sérénité de la justice).

 

 

Darchari MIKIDACHE

Président du Cercle des Économistes et des Experts Comoriens

Contact : ceec.comores@gmail.com

Darchari MIKIDACHE, président du Cercle des Economistes et des Experts Comoriens (CEEC)

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