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Prévenir pour ne plus subir

 

Tant en matière de catastrophes naturelles qu'en matière de politiques publiques, la mise en œuvre de politiques de prévention est essentielle pour éviter de subir des crises conjoncturelles dont les conséquences peuvent être à la fois dommageable et fatales aussi bien pour l'État que pour la population. Comme on dit « gouverner c'est prévoir », il est également primordial de mettre en œuvre des mesures structurelles préventives pour éviter de subir la résurgence ou le retour de crises politiques, économiques et sociales dont les effets peuvent être dommageables voire fatales aussi bien pour le pays que pour la population.

 

En matière de gestion de politiques publiques en particulier en économie comme en politique, la démarche doit être similaire. Il convient de tirer les leçons du passé et prendre des mesures structurelles permettant d'endiguer les fléaux que constituent le surendettement public, les arriérés de salaires et traitements des agents publics, la corruption sous toutes ses formes, les années blanches dans le système de l'éducation nationale entraînant de profondes lacunes scolaires pour les jeunes scolarisés du secteur public et une régression du niveau général des élèves provoquant des décrochages dans la poursuite de leurs études aux Comores et étranger pour toute une génération. Jamais de telles crises ne doivent se reproduire. Bien entendu, c'est trop facile de le dire que d'agir. Pourtant, toute la société à commencer par les autorités publiques gouvernementales doit se mobiliser et mettre en œuvre avec détermination et méthodologie les mesures préventives adéquates pour éviter que de telles crises ne se reproduisent au détriment des plus faibles et de la catégorie de la population la plus pauvre et la plus démunies.


 

Les fonds de la citoyenneté, une bouffée d'oxygène qui ne doit pas empêcher la mise en œuvre de réformes publiques et de programmes structurels salutaires pour le pays.

Bien entendu, les financements provenant des fonds de la citoyenneté économique depuis le mandat de l'ancien président Ahmed Abdallah SAMBI en mai 2006 aussi décriés qu'ils soient ont constitués une bouffée d'oxygène financière inespérée. Cette dernière a donné sans aucun du répit aux autorités publiques d'alors et celles d'aujourd'hui. Cela ne signifie pas qu'il faudrait fermer les yeux sur les détournements financiers passés et présents et de nombreux autres scandales financiers. La justice doit agir en totale indépendance de manière implacable et sereine toute en faisant la lumière sur les auteurs de ces actes de détournements de biens publics car les crimes de biens collectifs ne doivent pas restés ni impunis ni tolérables. Les pouvoirs publics et les élus doivent commencer par donner le bon exemple. Il y va de la survie de la nation comorienne dans son ensemble. Ceci étant dit, les fonds financiers étrangers et les diverses et nombreuses aides publiques au développement pour les Comores ne doivent en aucun cas anesthésier les réformes structurelles de notre État.

La poursuite des réformes financières, économiques et sociales reste essentielle pour doter les Comores d'une autonomie financière voire d'une souveraineté économique et politique durable.


 

Les reformes à mettre en œuvre commencent avant tout par l'utilisation d'outils et de méthodes transparents, objectifs et consensuels.

Le suivi et l'évaluation sont essentiels pour juger la progression d'un projet ou de la mise en œuvre des politiques publiques. Ces deux notions ont fait leur preuve dans de nombreux pays.

L'évaluation systématique et continue des progrès dans le temps par la collecte et l'analyse de l'information l'utilisation de ces données pour améliorer le travail accompli et celui à venir est indispensable. Évaluer consiste à estimer l'impact d'un projet et à mesurer à quels points les objectifs au préalable ont été atteints. Cela permet d'identifier les points forts et les points faibles pour améliorer la prise de décision publique et la rendre efficace. Dans ce sens, cette nouvelle politique transparente d'évaluation des politiques publiques devrait s'appuyer sur une institution renforcée en termes de ressources humaines et de savoir-faire comme le Commissariat au Plan dont l'action et le rôle devraient renforcés, élargis et redéfinis pour tenir compte de la mise en œuvre de la nouvelle stratégie de développement national tout en évitant les erreurs passées. Cela suppose au préalable un audit de ce dernier sur l'ensemble de ses activités depuis sa création à ce jour.

Les efforts accomplis par les différents gouvernements et chefs d’État devront être amplifiés avec la mise en œuvre de nouvelles politiques publiques fortes tant en termes de transparence que de pratiques innovantes et davantage rigoureuses.

Les différentes réformes entreprises par les différents gouvernements depuis 2006 à ce jour dont les effets positifs se verront sur le moyen et le long terme ne doivent pas être minimisées. La réforme fiscale engagée par le Ministère comorien de l’Économie et des Finances conduisant à la mise en œuvre d'un nouveau Code des Impôts plus moderne, moins confiscatoire pour les contribuables en particulier les entreprises avec la mise en place d'une Administration Générale des Impôts et du Domaine en plus de l'atteinte du point d’achèvement de notre pays auprès des institutions et organisations financières internationales sans nier les rôles des ministres chargés des finances successifs ni les efforts et fournis par les différents Chefs d’État et des gouvernements successifs constituent des pas positifs. Le programme national d'enregistrement des terrains bâtis et non bâtis mené conjointement par la Vice-présidence chargée du Ministère de l’Aménagement du territoire et de l'Urbanisme et la Vice-présidence chargée du Ministère des Finances durant la période de 2011 à 2016 participe à cette démarche positive de normalisation et de mise aux normes. De même, les réformes entreprises par les autorités publiques notamment l'Agence Nationale pour la Promotion des Investissements (ANPI), sous la tutelle du Ministère des Finances ainsi que le dynamisme de l'Union des Chambres de Commerce, de l'Industrie et d'Agriculture (UCCIA) ainsi que les chambres insulaires pour renforcer la compétitivité et l'attractivité de notre pays auprès des investisseurs nationaux et extérieurs doivent être saluées.

De même, les politiques engagées par le Ministère chargé de l'Aménagement du territoire, des infrastructures et de l'Urbanisme en particulier en celles qui concernent notamment la réforme du foncier et du cadastre conduisant notamment à un abaissement significatif des taxes et droits d'enregistrement du foncier doivent être encouragées.


 

De nouvelles politiques publiques novatrices et transparentes restent primordiales pour améliorer le quotidien de la population.


 

Pour autant, les progrès enregistrés en ce qui concernent la mobilisation des recettes fiscales doivent être poursuivis avec une loi organique de programme multipolaire de sécurisation de recettes publiques en complément des applications et des mesures nouvelles mises en œuvre. Celle-ci devra mettre en place un programme pluriannuel d’augmentation du civisme fiscal, d'extension de la couverture fiscale territoriale et d'augmentation significative du taux de recouvrement des recettes fiscales et non fiscales.


 

L'un des objectifs prioritaires en matière de finances publiques pour l'Union des Comores devrait être de renforcer l'efficacité du recouvrement fiscal et non fiscal de telle sorte que les recettes fiscales et non fiscales puissent dépasser de façon très significative les recettes douanières de l'Etat comorien. La réalisation d'un tel objectif et une telle politique renforcera la souveraineté financière de l’État. Elle lui permettra de disposer de ressources publiques suffisantes pour mettre en œuvre une politique de relance économique compatible avec la stratégie nationale de croissance accélérée de développement durable avec une poursuite de la construction et la rénovation des infrastructures de base à commencer par la résolution définitive des problèmes récurrents d’énergie, eau et d’électricité. Une telle politique permettra de rendre le pays moins dépendant des fonds en provenance de l’extérieur et de l'aide internationale. Elle permettra à la fois de développer davantage le secteur privé, moteur de croissance économique et créateur d'emplois, d'investir dans l'économie nationale en faisant baisser le coût de revient du crédit destiné aux activités productives créatrices de valeur ajoutée et d'emplois durables dans des secteurs définis prioritaires par l’État à travers plusieurs instruments financiers. Cela peut se faire par l’intermédiaire de fonds de garantie, de prêts à taux bonifiés, l'octroi de bourses de projets entrepreneuriaux ou la constitution d'un fonds stratégiques de développement avec la création de zones et de secteurs d'activités spécifiques privilégiés arrêtés par la stratégie de croissance accélérée de développement durable qui vient d'être mis en place par les autorités publiques avec l'appui des institutions internationales. Cela permettra de contribuer à la baisse du chômage des jeunes et des moins jeunes. Les avantages fiscaux afférents devront bien entendu être conditionnés à la création d'emplois durables. Le fonds saoudien alloué au gouvernement pour un montant global de 50 millions de dollars dont 15 millions de dollars pour le secteur privé peut servir à mettre en œuvre cette nouvelle stratégie avec notamment la mise en route d'un plan pluriannuel de stimulation de l'entrepreneuriat.

La réduction de façon notable du chômage massif des jeunes implique ainsi des réformes structurelles fortes avec des politiques économiques crédibles mobilisatrices en termes de ressources humaines, de pratiques financières à la fois transparentes et rigoureuses ainsi que des politiques volontaristes tant en termes de renforcement des politiques publiques en particulier au niveau la prévention et de la lutte contre toutes les formes de corruption induisant une tolérance zéro en matière d'impunité. Une nouvelle politique d'égalité des chances et de justice égale pour tous devra être au cœur de cette nouvelle donne politique que la population appelle de ses vœux. La lutte contre la résurgence des crises passées et la résolution des préoccupations quotidiennes de la population vont de pair avec la mise en place de politiques publiques novatrices, transparentes et volontaristes.


 

Darchari MIKIDACHE, président du Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC)

Contact : mikidache.darchari@gmail.com

CEEC : ceec.comores@gmail.com

http://ceec-comores.over-blog.com/

 


 

Darchari MIKIDACHE

Darchari MIKIDACHE

Tag(s) : #Chronique éco

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