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- Un article écrit par Darchari MIKIDACHE, président du Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC)
*Version longue
http://ceec-comores.over-blog.com

La diaspora comorienne est estimée à près de 350 000 personnes dans le monde sur une population approchant les 800 000 habitants selon des recoupements statistiques de plusieurs organisations  internationales dont la Banque Mondiale. Elle contribue de manière significative au développement  économique de l'Union des Comores  tant par ses envois d'argent  au pays que par ses contributions  multiples sous forme de projets de codéveloppement et d' apports en matière de savoir-faire et de compétences.
Les apports financiers évalués à près de 59 milliards de francs comoriens  selon le dernier rapport trimestriel de la Banque Centrale des Comores (BCC) représentent 25% du Produit Intérieur Brut (PIB), soit  un peu plus de 180% du Budget de l’État comorien en 2013. Les montants envoyés par le circuit informel (main à main) et non retracés dans les statistiques représentent au moins autant que les chiffres officiels. Par comparaison avec les autres pays de l’Afrique à l'exemple du Sénégal, du Maroc ou du Mali et d'autres pays de l'Afrique sub-saharienne, les envois d'argent et les apports multiples bien qu'ils soient en volume plus importants que ceux des Comoriens expatriés,  représentent entre 5% et 20% de la richesse nationale (PIB). Dans tous les cas,  hormis les apports en capital humain mis au service des pays d'origine ainsi que des projets communautaires, à peine 10% des flux de transferts d'argent sont destinés et investis dans les secteurs productifs générateurs de richesses et d'emplois durables.Dans ces conditions, quelles politiques faudrait-il envisager pour que la diaspora comorienne puisse contribuer avec efficacité au développement des Comores ?

Les différents gouvernements ont mis en place quelques mesures timides

Les mesures prises à ce jour par les autorités publiques nationales après une convention signée entre l’État comorien et la diaspora en décembre 2010 sous la présidence de l'ancien président Ahmed Abdallah Sambi et sous l'actuel chef de l’État Dr Ikililou Dhoinine(mise en place d'une Commission mixte franco-comorienne  non fonctionnelle, création d'un Commissariat chargé de la diaspora, tournées dans les grandes villes françaises du Ministre des Relations extérieures accompagné du Commissaire chargé de la diaspora, et d'une délégation de fonctionnaires du MIREX ainsi que la création d'une Commission chargée du pilotage de la structuration de la diaspora comorienne en France) vont dans le bon sen. Toutefois ces mesures restent insuffisantes compte tenu des  enjeux  économiques et des défis de développement auxquels sont confrontés les Comores. Il convient  non seulement d'approfondir et d’accélérer les réformes en cours mais également de prendre des mesures législatives et économiques adéquates au delà d'une simple diplomatie économique active .

L'instauration de la confiance et d'un dialogue permanent est  primordiale.

Il conviendrait avant tout que les gouvernants regagnent la confiance perdue auprès de leurs expatriés en commençant par respecter leurs propres engagements. Les différents mesures pris par le gouvernement et évoqués précédemment sont loin  de suffire à restaurer la crédibilité de l’État comorien. Elles ne sont pas no plus de nature à enclencher une dynamique économique à la hauteur des défis économiques. Comment expliquer alors que le vote de la diaspora  pour les élections est prévu par une loi dont les décrets d'application ne sont pas signés à ce jour sans qu'aucun  véritable dialogue sous forme d'assises nationales n'est instauré pour aplanir les malentendus ? Un véritable pacte de responsabilité et d'engagements entre l’État et sa diaspora s'avère indispensable s'il est accompagné d'un mécanisme d'évaluation et de suivi du contenu.
Mieux connaître sa diaspora permet de mettre en œuvre un programme pluriannuel efficace et adapté aux enjeux.

Le mise en place d'un  projet de recensement de tous les comoriens de l'extérieur  avec le concours des Ambassades des Comores dans le monde constituerait un premier pas. Le recensement à travers  l'attribution de cartes d'identité et de passeports biométriques comoriens pour les ressortissants ne suffit pas en soi. Il faudrait aller plus loin notamment en constituant une base de données de la diaspora en veillant à introduire plusieurs rubriques notamment les catégories socio-professionnelles et  les compétences. Cette base de données permettrait à l’État de mieux identifier ses expatriés et de proposer des mesures adéquates et efficaces. La création d'un Site Internet dédié au recensement et l'alimentation de la base de données  est plus qu'indispensable.

Création d’un fonds de financement des projets de la diaspora

La diaspora comorienne souhaiterait investir davantage dans l’économie nationale. Afin d’orienter les transferts d’argent de la diaspora dans les secteurs productifs créateurs de richesses et d’emplois durables, les autorités publiques  devraient proposer des mesures stimulantes en faveur sa faveur. Lorsque celle-ci investit dans les secteurs définis comme prioritaires par l’État conformément à la stratégie de croissance accélérée et développement durable national. L’agriculture, le tourisme,  l’agro-alimentaire, les services  et les nouvelles technologies de l’informatique et de l'Internet  doivent trouver leur place dans les secteurs classés comme prioritaires. L’accès au créditeur devrait  être facilité soit en termes de fonds de garantie ou d’octroi de taux d’intérêt bonifié si les projets sont validés par des banques qui auront signé une convention  de partenariat et de financement avec l’État comorien à l’exemple de la composante n° 3  du Programme de  codéveloppement signé entre le Gouvernement comorien et les autorités françaises (Programme franco-Comorien de Codéveloppement) (PFCC), reconduit pour la seconde fois.

Un fonds d'investissement constitué de capitaux publics, privés et de souscriptions de la diaspora  dont le taux d'épargne est  relativement plus élevé constituerait un autre  moyen  de financer des grands projets de développement national. La création des bons de la diaspora  constitue une autre façon de capter les fonds des expatriés comoriens. Pour ce faire, des garanties solides en matière de sécurisation des investissements privés ainsi qu'en matière de gestion rigoureuse des finances publiques poivraient être fournies. E même, le développement de la bibancarisation serait très utile pour que  la diaspora investisse davantage dans son pays d'origine. Une réforme des législations fiscale et douanière de l'Union des Comores devrait être mise en œuvre  rapidement après une organisation des assises nationales de la diaspora. Des ajouts législatifs pour  faciliter, sécuriser  et rendre attractifs les investissements des Comoriens de l'extérieur dans les sociétés à capitaux mixtes et dans les coopératives agro-alimentaires devraient être envisagés. Bien entendu, un volet création d'emplois conditionnant les avantages fiscaux et douaniers octroyés et le caractère temporaire de ces mesures pour éviter certaines distorsions de concurrence devraient figurer dans les propositions de réformes législatives.

L’État comorien devrait donner l'exemple en commençant par faire baisser les tarifs des transports aériens.


En dépit de l’existence de plusieurs compagnies aériennes desservant les Comores, les tarifs restent assez élevés en particulier durant de la saison estivale. Ce qui ne favorise ni le tourisme ni la fréquence des voyages de la diaspora à destination de son pays natal. Les tentatives de créer une compagnie nationale n’ont pas eu de succès à ce jour.
Des mesures pour inciter les compagnies aériennes à réduire les tarifs des billets  tout en améliorant la qualité des services rendus avec des lignes sécurisées et fiables devraient être prises pour désenclaver davantage l’archipel des Comores et développer ainsi le tourisme comorien. L'État comorien donnerait le bon exemple en commençant par baisser de manière significative les taxes d'aéroport et le prix du kérosène pour les transporteurs aériens qui s'engageraient à répercuter ces baisses stratégiques sur le tarif payé au final par la diaspora. L’État comorien devrait prendre conscience des retombées économiques qui seraient induites par l'arrivée d'un plus grand nombre de Comoriens et de touristes tout au long de l'année avec un pouvoir d'achat plus élevé. Parmi ces retombées possibles et probables, une hausse des ressources  fiscales et non fiscales notamment celles qui seraient engrangées par une collecte de taxes sur la consommation (TCA) supplémentaires. Ce qui se traduirait par une augmentation globale des ressources publiques compensant ainsi  la perte initiale due à la baisse des taxes d'aéroport et autres avantages financiers accordés. Cela maintiendrait une croissance économique à la fois forte et créatrice d'emplois.

Mobiliser les compétences de la diaspora est une impérieuse nécessité.


La diaspora comorienne, en particulier celle vivant en France recèle un réservoir inestimable de compétences et talents  que de l’avis de tous n'est ni suffisamment valorisé ni  mis au service du développement des Comores avec efficacité. Il est vrai que le programme Franco-comorien de codéveloppement (PFCC) finance dans sa composante 2 : mobilisation de la diaspora hautement qualifiée, une mobilisation de «l’élite de la diaspora comorienne en France » pour des missions ponctuelles et bénévoles de courte durée sur demande expresse des institutions de l’Union et des Exécutifs insulaires (publiques, parapubliques ou privées). L’idée  et les objectifs sont sans doute louables. Néanmoins, ce dispositif n’est pas très fréquemment utilisé par les administrations locales. Les indemnités versées pour les experts comoriens issus de la diaspora restent faibles, peu motivantes au regard des compétences et de l’expérience des Comoriens expatriés. Plusieurs  d'entre eux sont en mesure de rivaliser avec des experts internationaux dont la rémunération pour des missions équivalentes tourne entre 15 000€ et 20 000€  voire le double pour un mois de travail.

Par ailleurs, au lieu de recruter pour des missions de réformes nationales des experts internationaux gracieusement rémunérés sur financement des institutions financières internationales, pourquoi les Autorités publiques n'inciteraient-elles pas  aux recours à des compétences locales et celles de la diaspora hautement qualifiée maîtrisant parfaitement la culture et la réalité du terrain ? Ceci permettrait en outre un transfert de compétences entre l’expertise de consultants étant intervenu sur des problématiques similaires à l’international au réservoir de talents des Comoriens. Bien entendu, un tel recours impliquerait la constitution d’une base de données fiables recensant les cadres expatriés disposant d’une haute qualification et d’une réelle  expérience de plus de dix années et d’une compétence reconnue et avérée. Un tel programme devrait associer les différents acteurs de la diaspora notamment les réseaux de compétences Karthala et le Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC). Un service d’authentification des diplômes devrait y être rattaché.
Il faudrait également contraindre par la voie législative les grands bailleurs à consacrer un pourcentage des frais de consultants à des nationaux y compris la diaspora à l’instar du Cameroun . Ce dernier a fait inscrire une mesure identique dans ses procédures de passation des marchés pour un minimum de 15% de la valeur des contrats.

Un programme interministériel et une stimulation adéquate de la production nationale constituent des pistes à explorer.

Un programme pluriannuel de diversification et d'accroissement de la production agricole, agro-alimentaire voire industrielle sous la dénomination de « Made in Comores » est  indispensable pour réduire les importations nationales. Les produits importés constituent près de 90% des consommations locales. Une politique de substitution aux importations, source de créations d'emplois devrait être combinée avec  un volet de valorisation et transformation des produits nationaux. Il est essentiel de mettre en  œuvre une nouvelle politique  économique interministérielle en faisant travailler ensemble le Ministère des Relations Extérieures, le Ministère des Finances, de l’Économie et des Investissements et le Ministère  de la Production. Les  opérateurs économiques nationaux, la diaspora comorienne et les organisations régionales et celles de la sous-région comme la Commission de l'Océan indien, le  marché commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA) ainsi que les organisations  financières internationales y compris la Banque Islamique de Développement (BID) et quelques pays amis devraient être associés à cette nouvelle stratégie de développement économique.

Darchari MIKIDACHE
Président du Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC)
Contact : ceec.comores@gmail.com
Blog : http://ceec-comores.over-blog.com

 

Darchari MIKIDACHE

Darchari MIKIDACHE

Tag(s) : #DIASPORA

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