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Par Darchari MIKIDACHE, Economiste fiscaliste, président du Cercle des Economistes et des Experts Comoriens (CEEC)

*premier article écrit en 1999
 
La situation économique et financière de l'ensemble des îles COMORES est alarmante. Il n'est pas nécessaire de  présenter des statistiques pour le comprendre. Il suffit d'analyser les difficultés de l'Etat à payer les fonctionnaires et les retraités pour s'en rendre compte. Le processus de réconciliation nationale en cours entre les îles doit certes être encouragé. Toutefois, il ne faudrait pas oublier les problèmes d'ordre financier et économique qui constituent une préoccupation permanente.
En dépit des efforts engagés par les gouvernements successifs, les problèmes financiers persistent et méritent une attention bien particulière. Pourtant, le pays a des potentialités énormes même  s'il fait partie des pays les moins avancés (P.M.A). L'Etat manquerait-il vraiment de ressources ou existerait-il des possibilités de relance de son économie ?
La restructuration des secteurs administratifs Les difficultés de l'Etat ne proviennent-elles pas de son incapacité à assurer une gestion à la fois transparente, rigoureuse et efficace des recettes des secteurs les plus importants de l'économie ? Ne manquerait-il pas également ce que j'appellerai de la créativité ou de l'imagination mais aussi le patriotisme digne de ce nom ?
Je ne prétends pas résoudre ni les problèmes des COMORES ni ceux de nos concitoyens mais je me propose de faire seulement quelques suggestions pour contribuer à la réflexion collective nécessaire au décollage du pays en termes de ressources et développement pour l'Etat.
Ne serait-il pas indispensable de restructurer tous les secteurs administratifs en commençant par un bilan objectif en matière de ressources financières et humaines des secteurs clés de l'économie ? Il faudrait commencer d'abord par créer une Cour des Comptes Indépendante (C.C.I.) qui contrôlerait les finances de toutes les administrations publiques. Les membres de la dite Cour doivent être élus pour un mandat dépassant celui du chef de l'Etat et devraient être des experts indépendants en matière juridique et économique et d'une intégrité irréprochable. La Cour des Comptes Indépendante doit pouvoir engager des poursuites judiciaires vis-à-vis des responsables des irrégularités et des malversations.
D'autre part, l'Etat devrait renégocier la dette publique comorienne auprès des Institutions  Financières Internationales (F.M.I., Banque Mondiale ) ainsi qu'auprès des Etats comme la France et des Institutions informelles comme le Club de Paris pour les dettes bilatérales. L'objectif est d'alléger le poids de la dette nationale par des rééchelonnements et des réductions d'intérêt ou par des annulations pour que notre pays puisse honorer ses engagements nationaux et internationaux et pour avoir plus de crédibilité vis-à-vis des  bailleurs de fonds et des investisseurs  internationaux.
 
Une politique plus audacieuse en matière de tourisme Par ailleurs, il me semble que le tourisme devrait être plus développé. Il faudrait exploiter les richesses culturelles et naturelles du pays (festivités, mariages, paysages, plages, faune et flore marines etc. ). La politique en matière de tourisme devrait être plus audacieuse. L'Etat devrait engager une politique de promotion de grande ampleur en Europe notamment en France pour le tourisme comorien. Mais cela suppose certes que le pays connaisse une situation de stabilité à la fois politique et économique et que la crise séparatiste ait été résolue. De plus, les autorités gouvernementales devraient négocier avec les compagnies privées de transports aériens et maritimes des îles de l'Océan indien et des pays occidentaux, asiatiques et ceux de la Ligue arabe pour baisser de façon significative les tarifs. Il faudrait créer alors une Agence nationale du Tourisme (A.N.T) qui s'occuperait des campagnes publicitaires, des travaux de rénovation des sites touristiques et écologiques, de la création des Offices de Tourisme des Comores (O.T.C.) à l'étranger, tout en veillant à l'accroissement des capacités hôtelières en harmonie avec des politiques d'urbanisation humaine et de développement des réseaux de transport adapté.
 
Les secteurs clef
 
De même, le secteur de la mer et de la pêche recèle des potentialités peu exploitées. La création d'un Ministère de la Mer devrait permettre à la population de bénéficier des richesses maritimes. L'Etat devrait négocier avec les pays exploitant nos zones territoriales maritimes afin d'obtenir la création d'une Grande Ecole de Pêche qui formerait les jeunes aux techniques de pêche à caractère à la fois industriel et traditionnel soucieux de l'équilibre de l'environnement. Grâce à l'assistance à l'appui et au soutien des pays comme le Japon ou l'Europe, on devrait arriver à terme à la création d'une industrie de la pêche. Avec l'achat ou la location de bateaux performants à moindre coût par l'Etat, le pays devrait pouvoir exporter des produits de la mer comme le thon ou les sardines. Ce qui serait créateur d'emplois pour les jeunes et accroîtrait le revenu national.
La transparence et la rigueur dans la gestion des  principaux secteurs clés de l'économie comme la Douane et les Hydrocarbures doivent être une nécessité impérieuse. La Cour des Comptes Indépendante devrait pouvoir contrôler à tout moment les rentrées financières de ces secteurs, faire des bilans mensuels et proposer  des moyens pour maximiser les recettes de l'Etat.
 
Un environnement favorable pour le secteur privé
 
D'autre part, l'Etat devra engager une politique de développement du secteur privé qui constitue le moteur  de l'économie. En effet, le secteur public étant saturé, il me paraît nécessaire de favoriser l'initiative privée qui est créatrice d'emplois. Pour cela, il faudrait créer un environnement favorable, stimulant et rassurant pour les investisseurs nationaux et étrangers. Dans ce sens, un Code   d’investissement approprié et adapté, à la fois avantageux pour les investisseurs et pour les  COMORES devra être mis en place. L'Etat devra créer également
un Centre National d'Appui du Secteur Privé (C.N.A.S.P) aux COMORES pour former, assister, suivre sur le terrain les futurs créateurs d'entreprises. Les démarches administratives et fiscales des investisseurs et des entrepreneurs potentiels devront être facilitées dans le sens d'une plus grande simplification. De même, les économies ou l'épargne de la diaspora comorienne en France notamment, devront être dirigées vers le secteur productif comorien aussi bien dans la création de sociétés privées que dans l'agriculture avec une modernisation des exploitations. Pour ce faire, une banque ou à défaut une Caisse de Développement pour les COMORES (C.D.P.C) en France et une Caisse de Développement Rural (C.D.R.) dans chaque grande ville des Comores devront être instituées. Cette caisse devra collaborer avec un Centre d'Appui et de Conseil pour le Secteur Privé des COMORES (C.A.C.S.P.C) pour encourager et assister les gens désireux d'investir aux  COMORES. D'autre part, l'Etat devrait redéfinir et reformer le régime d'imposition et de prélèvements obligatoires de façon à stimuler l'économie avec une politique d'abaissement progressif des taux d'intérêt en liaison avec la Banque centrale des COMORES (B.C.C) tout en instaurant une Caisse Nationale de Solidarité (C.N.S.) pour aider les plus démunis. Les entrepreneurs seraient ainsi encouragés à investir. Cela procurera également des revenus supplémentaires à l'Etat grâce aux impôts perçus sur les bénéfices ou sur le chiffre d'affaires des entreprises créées.
 
Priorité à l'éducation
 
Par ailleurs, l'Etat devrait accorder une priorité absolue aux secteurs de l'Education, de la Santé et de la Justice en dégageant des fonds spéciaux provenant par exemple d'une taxe ajoutée sur le litre d'essence ou d'un prélèvement (10 à 15%) sur les recettes des Hydrocarbures. Ces fonds devront financer la rénovation des écoles, la création d'Instituts Professionnels d'Enseignement Supérieur (I.P.E.S), appuyés par des Centres de Soutien Scolaire, Universitaire et d'Alphabétisation (C.S.S.U.A.) pour compenser les retards scolaires dus aux années blanches antérieures, le paiement des bourses des étudiants, la création de Centres d'Information et d'Orientation Professionnelle, Maisons de la Jeunesse (M.J) et des Centres d'Information et d'orientation professionnelle (C.I.O.P). Ils devraient aussi financer la rénovation des hôpitaux avec une politique de prévention des épidémies (SIDA, Choléra… ), la mise en place d'une justice indépendante, impartiale et équitable sans laquelle toute réforme est peu viable.
 
D'autres ressources potentielles ainsi que des stratégies de financement des réformes envisagées existent.
Elles feront l'objet d'un autre article.
* Il s'agit de mon tout premier article écrit en 1999.
 
 
Darchari MIKIDACHE, économiste fiscaliste

Président du Cercle des Economistes et des Experts Comoriens
E-mail : ceec.comores@gmail.com
Blog : http://ceec-comores.over-blog.com

Darchari MIKIDACHE, président duClub  CEEC

Darchari MIKIDACHE, président duClub CEEC

Tag(s) : #Développement économique

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