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Par Darchari MIKIDACHE, président du think tank « Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC) »

La souveraineté monétaire des pays africains est essentielle mais ne suffit pas à assurer un développement économique digne de ce nom sans réformes structurelles profondes et novatrices.

 

La souveraineté monétaire est certes un droit légitime à disposer, mais il ne faut s'arrêter à cela. Il faudrait élargir le raisonnement et engager un ensemble de réformes structurelles profondes. En effet, il ne suffit pas d'avoir une souveraineté monétaire pour développer un pays sinon Madagascar serait développé plus rapidement et depuis longtemps et ce depuis qu'il a quitté la zone Franc. Ce qui compte c'est d'engager des réformes pertinentes, à la fois structurelles et novatrices tout en luttant contre la corruption, contre les fuites de recettes et les détournements de biens publics avec une véritable justice favorisant l'égalité des chances pour tous. Certes, disposer d'une souveraineté monétaire est un progrès sur un plan théorique, faut-il également disposer d'une stabilité monétaire surtout lorsqu'un pays n'exporte pas de produits locaux. Pour Madagascar, pays grand producteur et exportateur de denrées alimentaires et de ressources diverses, cela peut être utile si des réformes économiques sont engagées pour adapter l'appareil productif tout en transformant ses produits locaux. Mais ce progrès pourrait être annihilé et au final contre-productif si on se contente de changer de nom et en adopter un autre sans prendre les mesures qui s'imposent.

 

En l'état actuel des choses, l'urgence par exemple pour un pays comme les Comores est d'instaurer une bonne gouvernance, gérer avec rigueur et transparence déjà les ressources existantes, les recettes et rentrées fiscales et non fiscales, et prendre des mesures structurelles et courageuses pour transformer l'économie nationale en développant une politique de production nationale notamment dans les secteurs agricole et halieutique, et en transformant cette dernière pour créer de la valeur ajoutée et des emplois dignes. Le poids de la diaspora comorienne et son potentiel économique devraient être mis au service du développement national. Il convient aussi de lutter contre le secteur informel qui constitue un manque à gagner pour l’État. D'autres mesures et programmes pour financer les économies nationales sont possibles et réalisables. Parmi les palettes de mesures , figurent notamment la mobilisation et la gestion de l'épargne nationale qui dort dans les banques et établissements de crédit nationaux alors que les pays africains se tournent vers l'extérieur pour financer leurs investissements de long terme. Il est tout aussi essentiel d'instaurer un climat des affaires propice aux investissements productifs et créateurs d'emplois durables pour le secteur privé et les investisseurs étrangers. Un véritable programme de développement du tourisme s'impose avec une construction d'infrastructures hôtelières, une valorisation du patrimoine national et une organisation d'un circuit touristique cohérent avec un coût de transport aérien accessible. La constitution d'un groupement d'intérêt économique pour faciliter la circulation des hommes et promouvoir le tourisme continental n'est pas à négliger.

 

La lutte contre la corruption est essentielle dans cette stratégie. La souveraineté politique passe aussi par une souveraineté économique. Cette dernière s'acquerra plus par une volonté politique et la mise en œuvre de réformes administratives, économiques et judiciaires que par une souveraineté monétaire pour laquelle les effets positifs seraient perdus et détruits sans stabilité monétaire ni une justice efficace et une une politique de prévention et de lutte contre la corruption crédible et efficace.

 

Une vision globale et pragmatique des réalités économiques implique la prise en compte de préalables indispensables pour développer les économies nationales sous peine de faire une analyse partielle et parcellaire. Le développement d'un pays comme d'un continent passe par une vision et une action politique réformatrice s'appuyant sur tous leviers de ressources nationales et de croissance inclusive. Il est en donc primordial de développer les initiatives privées et le secteur privé, en Afrique en l'occurrence aux Comores pour espérer créer plus d'emplois sans toujours compter sur les administrations publiques. Il conviendra certes d'abaisser le loyer de l'argent en créant des fonds de facilitation, de garantie et d'appui aux financements des initiatives privées et des entreprises créatrices de valeur ajoutée et d'emplois durables.

 

Céder à la facilité sans engager les vraies réformes pour endiguer les faiblesses et handicaps internes des pays africains ne constitue pas une politique durable. Il convient de traiter l'urgence et de résoudre les problèmes quotidiens de nos concitoyens tant au niveau des infrastructures, des sécurités sociale, alimentaire et sanitaire qu'au niveau de la réduction du chômage et de la pauvreté. Pour ce faire, une mobilisation nationale avec une éthique patriotique de la responsabilité s'imposent. Un débat contradictoire et constructif permet de créer les conditions pour rendre les idées fécondes et permettre la mise en œuvre de solutions adaptées et efficaces au service du développement économique et de la cohésion sociale.

Darchari MIKIDACHE

Contact : ceec.comores@gmail.com

 

La souverainété économique du continent africain est primordiale selon Darchari MIKIDACHE, président du think tank "CEEC"

La souverainété économique du continent africain est primordiale selon Darchari MIKIDACHE, président du think tank "CEEC"

Darchari MIKIDACHE, président du think tank "Cercle des Economistes et des Expets Comoriens " CEEC"

Darchari MIKIDACHE, président du think tank "Cercle des Economistes et des Expets Comoriens " CEEC"

Tag(s) : #Afrique

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