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M. OUZALI Said Youssoufa : "Il n'est pas possible de développer l'économie d'une ville en versant de l'argent à la population locale sans un projet d'accompagnement."

M. OUZALI Said Youssoufa : "Il n'est pas possible de développer l'économie d'une ville en versant de l'argent à la population locale sans un projet d'accompagnement."

Un article de M. OUZALI Said Youssoufa, diplômé en Master en économie des Institutions Territoriales et Financières (EITF)  et Action internationale des collectivités territoriales à l'Agence deCoopération Décentralisée de Paris - ACDC. Paris Claude Tillier 

 

Malé est la première ville dans l'histoire des Comores, mais sa grandeur et son prestige nourrissent toutes les contradictions : le taux de la pauvreté ne cesse d'augmenter ; l’agriculture devenue l’une des grandes occupations des habitants ne produit pas aujourd’hui les résultats escomptés ; la pêche artisanale est loin de satisfaire la demande au niveau de la région ; le tourisme reste marginalisé ; à mesure qu'augmente le nombre de cadres et intellectuels, on note la stagnation du niveau de développement.

 

Du coup, face à cette situation la population de Malé semble démunie et cède à la fatalité et la méfiance. Aucun projet n'est réalisé sans que la méfiance ne vienne entacher son exécution. Au point de mettre en échec l'achèvement de certains de ces projets. C'est un problème majeur qui ne doit laisser personne indifférent.

 

A l'issue de nos travaux, nous avons identifié différentes causes pouvant conduire à la pauvreté. Pour nous c'est la pauvreté qui serait à l'origine de la détérioration des conditions de vie. Nos analyses nous révèlent ses signes précurseurs, ses conséquences et dégagent des pistes pouvant aider à l'éradication de ce fléau.

 

La pauvreté est un phénomène ayant un impact planétaire. Elle fait des ravages partout dans le monde. Même les pays développés économiquement n’arrivent pas à l’éradiquer totalement. Bien qu’elle soit naturelle, elle est également un fait social. Au-delà de son caractère naturel, elle revêt un aspect conjoncturel, c'est-à-dire qu’elle est liée à l’organisation sociale. Un pays peut posséder beaucoup de richesses naturelles sans pour autant échapper à la pauvreté. Tel est le cas de plusieurs pays d’Afrique tels que la Cote d’ivoire, la Libye, le Soudan, la RDC etc...

 

Certes, la pauvreté est omniprésente mais beaucoup de pays dont les populations se trouvaient dans le dénuement ont fait d’importants efforts pour s’en sortir. On peut citer comme exemple la Chine, la Thaïlande et d'autres pays asiatiques. Seuls les pays africains, à l'exception de l’Afrique du Sud, s’enlisent dans la misère.

 

Aux Comores la situation est préoccupante. Car il n'y a pas de production locale, quasiment tous les produits de consommation viennent de l’étranger. Cependant face à la démission de l’État dans l'effort de développement économique, un bon nombre de villes et villages tentent de se prendre en charge de part et d’autres de l’archipel. Ils s'efforcent à renforcer et à dynamiser les activités culturelles génératrices de revenus mais aussi l'agriculture et la pèche. À contre-courant de cette tendance nationale, les Maléens ne semblent pas disposés à mobiliser les moyens nécessaires pour changer la donne et éradiquer la pauvreté.

 

Nous pouvons noter les signes avant-coureurs qui caractérisent ce fléau : la dépendance à la diaspora, l'incapacité à garantir la ration alimentaire journalière, l'individualisme, l'esprit égocentrique et la méfiance généralisée …

 

Il est à noter qu'aujourd'hui la pêche intéresse bon nombre de personnes mais les moyens à disposition sont encore rudimentaires. Pour mener efficacement ce combat contre la pauvreté, il faudrait que les nouvelles générations s'impliquent sérieusement. Que les jeunes établissent les nouvelles bases d'une confiance nouvelle par le biais de la communication. C'est-à-dire la confrontation des idées. Pour ce faire, il convient d'élaborer un plan d'organisation de débats constructifs sur des questions de société cruciales. Ce débat peut se réaliser à travers les réseaux sociaux Facebook, Twitter ou via le site ville-malé.com.

 

Pour lutter contre ce fléau de la pauvreté, la Diaspora de MALE devrait opter pour un changement de méthodes. Il n'est pas possible de développer l'économie d'une ville en versant de l'argent à la population locale sans un projet d'accompagnement.

 

Il n'est pas possible de mettre en place un Plan Local de Développement Socio-économique (PLDSE) à l'aide des fonds collectés à travers les « Twarab, wadaha et Madjiliss ». C'est la raison pour laquelle, nous pensons qu'il serait un préalable de faire un diagnostic qui permette de comprendre les enjeux territoriaux. Et cela, en tenant compte de la particularité du contexte de chaque secteur d'activité dans le but de rechercher des partenaires technique et financières pour résoudre ces problèmes.

 

Jusqu’à un passé récent, la vie économique de la ville de Malé tourne essentiellement au tour des différents secteurs d’activités qui sont principalement : l’agriculture, l’élevage, la pêche, l’artisanat, le tourisme et le commerce, qui peuvent s'analyser de façon suivante :

 

- Les principales cultures vivrières, à l'heure actuelle, sont le manioc, la banane, le maïs, les ambrevades. La culture du riz n’est plus pratiquée depuis quelques décennies, et les produits de rentes (vanille, girofle et ylang-ylang) sont de plus en plus négligés. Les fruits sont rares dans la localité et les cocotiers sont trop anciens. La ville de Malé peut devenir le premier producteur de maïs aux Comores. Il suffirait que les agriculteurs prennent conscience de son importance et de sa position hautement stratégique. Le maïs est le premier ingrédient dans la fabrication d’aliment pour bétails ; c'est aussi un élément indispensable dans l'aviculture, et dans la fabrication de la provende pour volailles. Et pourtant, ces 3 dernières années la production de ce produit a commencé à reculer, et le chômage des jeunes a continué à grimper. Tout cela entraîne une perte de compétitivité dans le secteur agricole ;

 

- Quant à l’élevage, il se limite essentiellement aux poules, bœufs et cabris. D’ailleurs, il n'est pratiqué que par un petit nombre d'habitants à un faible niveau. La mise en place de fermes avicoles parents à Malé peuvent constituer un élément clé pour le développement agricole de la ville. Il est particulièrement urgent de procéder au système de production intensive d’œufs à partir des pondeuses pour permettre l’amélioration du système de production. Ce qui permettra aux éleveurs de procéder à la transformation des maïs en provende ;

 

- La pêche dans les eaux de Malé est bonne en toute saison de l’année et, pourtant, les techniques et les infrastructures de pêche n'ont jamais été améliorées. Les poissons sont ramassés par la ligne à main ou à la palangrotte, à la nasse, au filet, ou au ramassage à marée base. Ce sont les techniques les plus utilisées. Aux années 80, la ville de Malé n’avait qu’une seule vedette (marque Japonaise du défunt MSA Mtsala, et Ali Dafiné Mkoundzi). Aujourd’hui, elle dispose de plus d’une dizaine de vedettes. Le marché de Malé est fréquenté par les habitants des localités environnantes et des régions voisines. Ce qui facilite l’écoulement des produits agricoles et de pêche dans le grand marché de la ville, et dans les zones littorales. Jadis, ces produits connaissaient de problème de conservation. Aujourd’hui, ils n'en souffrent d’aucun mal car beaucoup de foyers possèdent un moyen de stockage par congélation. Comme l’électricité est aléatoire aux Comores, les foyers sont dans l’obligation d’utiliser en réserve des groupes électrogènes. Cela occasionnent des dépenses énormes, et entraînent souvent un hausse du prix. L'absence de chambre froide, et de poissonneries comme d’autres localités pénalise grandement la ville ;

 

- Pour ce qui est de l’artisanat, la couture commence à se développer. Des femmes et des hommes ont ouvert, de façon informelle, des ateliers de couture pour fabrication d'habillements. Malgré cela, il n’existe aucun centre de formation spécialisé dans ce domaine. Comme les autres villes et villages, les associations de Malé devraient envisager de mettre en place une école de couture, et de former des formateurs. Ce qui permettra de maîtriser les fuites des fonds et de lutter contre la discrimination des femmes ;

 

- Les sites touristiques de la ville figurent parmi les joyaux du patrimoine culturel et naturel des Comores. s. Conscients des potentialités touristiques, les associations locales ont investi dans le secteur en construisant des Bungalows à la plage de Hawénzi. Cependant, ces derniers restent inexploités à cause de l'état de délabrement de la route. Cette plage est placée parmi les vastes et les plus belles de l’archipel. Elle s’étend sur plusieurs hectares, ce qui peut aider à la construction d'un village touristique. Dotée d'une beauté naturelle et exceptionnelle la plage de Hawenzi ne demande qu'à être mise en valeur.

Au-delà de l’environnement naturel, la plage possède d’un sable fin, et d'une montagne permettant de faire des randonnées. Ce qui pourrait attirer les touristes occidentaux. Sur le plan national, l’exploitation de la plage viendra étoffer l’offre touristique du pays. La relance de ce pôle va générer des revenus substantiels. Elle permettra ensuite à la Commune et à la région d’améliorer la vie quotidienne.

Pour les patrimoines touristiques, on trouve aussi une mosquée miraculeuse centenaire (missihiri wa Mbouzini), le Pied du démon (Karo La Sera), et d'anciens tombeaux historiques portugais et arabes. Nos ancêtres ont révélés que la mosquée de Mbouzini a été construite sans l’intervention de l’homme en une nuit. Par ailleurs, des paléontologues et archéologues ont exhumé aussi des squelettes enterrés selon le rite musulman, et les corps orientés vers la Mecque. Tout un patrimoine historique à faire découvrir ;

 

- Le développement de la ville passe inévitablement par la création d'activités génératrices des revenus. Cependant, une étude de faisabilité est déjà réalisée aux années 80 par le Chambre de Commerce, de l'industrie et d'agriculture – UCCIA et à travers le ministère de l'économie et du commerce pour mettre en place une industrie de fabrication et de production du sel. Le dossier reste aujourd'hui sans suite et personne ne semble préoccupé par le suivi et la concrétisation de ce projet. Actuellement, on trouve des petites boutiques qui commercialisent des produits de première nécessité dans les différents coins de la localité. Et la mise en place d’une mutuelle d’épargne et de crédit (SANDUK ITSAHIDI) facilite l’accès aux crédits avec des conditions avantageuses. Cela permet aux commerçants d’importer des produits de Dar es Salam, ancienne capitale de la Tanzanie, de Doubaï, et de la Chine etc.

 

 

 

C'est une évidence qu'un travail de fonds doit être initié pour que chacun de nous se mette à la recherche de l'intérêt général. Sachant que la ville de Malé se trouve dans un pays en voie de développement, les habitants doivent compter sur les activités aux quelles leurs ancêtres se consacraient et dont ils vivaient honnêtement.

 

Dire que la pauvreté est la principale cause de la dégradation de la ville de Malé, n'est pas une assertion infondée. Pour sortir de cette situation, et prémunir la société contre la disparition pure et simple, il conviendrait d'améliorer les pratiques agricoles, artisanales, pêches et élevages. C'est, pour la population, la seule façon de se prendre en charge. Cependant, les autorités locales doivent prendre les dispositions nécessaires en apportant davantage de moyens dans ces domaines. Pour cela, il faut une confrontation d'idées afin de donner confiance aux jeunes pour la gestion des projets. Et cela dans une perspective de mise en place d'un Plan Local de Développement Économique - PLDE pouvant se résumer ainsi : rentabilité, efficience, efficacité et création d'emploi massif.

 

 

 

Tag(s) : #Libre Opinion

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