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Un article de JOL Press

_Entretien avec Didier Demazière, sociologue et directeur de recherche au CNRS. Ses travaux portent sur le chômage et les politiques publiques d'emploi, et sur les transformations du travail et les dynamiques des groupes professionnels.

Alors que le chômage atteint des niveaux historiques - 14 800 demandeurs d'emploi en plus en avril -, la restauration, l'informatique, les banques ou encore l'industrie courent après les jeunes diplômés.

 


JOL Press : Quels sont les secteurs qui recrutent ?
 
Didier Demazière : Soulignons d'abord un point : le fait qu'un secteur soit en pénurie de main-d'œuvre ou en excédent de main-d'œuvre n'est pas forcément lié à sa santé économique. Il faut tenir compte du rapport entre la production de diplômés d'une part, et les besoins des différents secteurs d'autre part. Or, l'ajustement entre ces deux éléments n'est pas instantané.

Les métiers de bouche (cuisinier, boucher...) peinent à recruter par manque de personnel formé et parce qu'il s'agit de métiers difficiles (horaires décalés, rythme de travail...). A l'inverse, le secteur du numérique n'a pas de problème à recruter, alors que sa main-d'œuvre n'est pas encore assez qualifiée. Autres gros recruteurs, les banques et les compagnies d'assurances.

JOL Press : Dans quelle mesure le taux de chômage est-il fonction du niveau d'étude ?
 
Didier Demazière : La relation entre le niveau de formation et les chances de trouver un emploi est très forte. De manière générale, plus on est qualifié, moins on est exposé au chômage. L'importance de ce lien est une spécificité française : chez nos voisins européens, l'écart des taux de chômage entre les diplômés et les non-diplômés est plus faible.

Cela étant, à niveau de diplôme égal, le taux d'insertion professionnelle varie selon les spécialités de formation. Ainsi, il y a plus de débouchés pour les diplômés d'un CAP de soudure que pour les diplômés d'un CAP de bureautique. Autre exemple : au niveau Bac + 2, les formations industrielles offrent plus de perspectives d'emploi que les formations tertiaires.

JOL Press : Quel est le lien entre zone géographique et taux de chômage ?
 
Didier Demazière : Les zones où il y a le plus de destructions d'emplois (plans de licenciement, fermetures...) sont les endroits où le taux de chômage est le plus élevé. Il s'agit par exemple des régions Nord-Pas-de-Calais, Haute-Normandie, Centre, PACA etc. Dans les grandes villes, ces inégalités territoriales sont évidemment minimisées par les possibilités de transport.

JOL Press : En quoi les critères personnels (âge, sexe etc.) jouent-ils pour trouver un emploi ?
 
Didier Demazière : Les critères personnels n'ont pas d'effet univoque dans la mesure où un individu est un «cocktail» de critères. Toutefois, on peut mettre en avant les conséquences assez considérables de l'âge sur l'exposition au chômage. Le taux de chômage des jeunes est élevé car trouver une place sur un marché du travail déjà encombré prend du temps. Les chances de retour à l'emploi, elles, diminuent au fur et à mesure qu'on vieillit.

Les femmes sont moins avantagées que les hommes pour trouver un travail, même si ces inégalités tendent à s'amenuiser. Quant au critère matrimonial, ses liens avec le chômage sont difficiles à évaluer. On sait qu'être marié ou avoir des enfants peut aider à passer le cap après un licenciement. On sait aussi que le taux de divorce est plus élevé chez les chômeurs.
http://www.jolpress.com/chomage-secteurs-qui-embauchent-restauration-informatique-banques-industrie-article-826393.html

 

La restauration est un secteur d'avenir (Photo: Shutterstock.com)

La restauration est un secteur d'avenir (Photo: Shutterstock.com)

Tag(s) : #Emploi

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