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Darchari MIKIDACHE, inspecteur des finances publiques et président du think tank "Cercle des Economistes et des Experts Comoriens (CEEC)"

Darchari MIKIDACHE, inspecteur des finances publiques et président du think tank "Cercle des Economistes et des Experts Comoriens (CEEC)"

Docteur ABDOU Katibou, enseignant vacataire d'économie à l'Université PARIS I Panthéon-Sorbonne

Docteur ABDOU Katibou, enseignant vacataire d'économie à l'Université PARIS I Panthéon-Sorbonne

"Pour remédier à cette situation alarmante et relancer la production nationale, nous proposons et soutenons l’idée de création d’une « Caisse des Dépôts et de Développement des Comores (CDDC) ». Nous considérons que l’absence d’une telle structure est une aberration qu’il faudrait remédier au plus vite. "

 

Par Darchari MIKIDACHE, inspecteur des finances publiques, président du think tank « Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC) » - Paris contact : ceec.comores@gmail.com

www.ceec-comores.com

et Docteur ABDOU Katibou, enseignant vacataire d’économie à l’Université de Paris 1 – Panthéon-Sorbonne

 


Depuis la fin des années 1990,  l’épargne des ménages comoriens n’a cessé de croître. Elle s’élevait à plus de 31 milliards de FC en 2013, selon la Banque centrale des Comores. Bien que les crédits accordés par les institutions bancaires aux agents économiques aient suivi une tendance haussière ces dernières années, force est de constater que le financement de l’économie  par ces institutions  n’est pas, loin s’en faut,  optimal. Ainsi, une très bonne partie des dépôts bancaires reste improductive, alors que les besoins en matière de financement des entreprises comoriennes sont criants.

Ce faisant, on ne peut forcement jeter la pierre aux responsables des  institutions bancaires. Et pour cause !  En effet, le niveau de risque élevé caractérisé par un taux de créances douteuses plus élevé (18 à 20 %), l’incapacité des entrepreneurs comoriens à présenter aux banques des plans d’affaires cohérents et précis et surtout l’absence de mécanismes de partage des risques poussent les banques à rester méfiantes et donc frileuses en matière d’octroi de prêts. Par conséquent, les entreprises comoriennes peinent à emprunter les fonds nécessaires pour dynamiser leurs activités productives. Celles qui arrivent à fournir les garanties demandées sont confrontées à de multiples écueils : taux d’intérêts exorbitants (12,5 % en moyenne), délais de remboursement limités (2 à 3 ans), sommes octroyées très dérisoires, etc.

Ce contexte difficile constitue un véritable goulot qui empêche l’émergence d’une vraie économie de production, alors que la demande des ménages comoriens, dopée en grande partie par les transferts des migrants, croît d’une décennie à l’autre. En conséquence, les Comores deviennent de plus en plus tributaires des produits importés au détriment de la balance commerciale structurellement déficitaire. Pour remédier à cette situation alarmante et relancer la production nationale, nous proposons et soutenons l’idée de création d’une « Caisse des Dépôts et de Développement des Comores (CDDC) ». Nous considérons que l’absence d’une telle structure est une aberration qu’il faudrait remédier au plus vite.


Activités principales de la CDDC


La Caisse des Dépôts et de Développement des Comores (CDDC) serait un établissement public  ayant une large autonomie financière. Elle assumerait les missions d’un investisseur avisé et contra-cyclique au service de l’intérêt général. Bras financier de l’État, la CDDC permettrait au gouvernement comorien de se servir de l’épargne nationale comme levier pour une croissance soutenue, inclusive, créatrice d’emplois et de richesse. A cet égard, elle sera chargée des missions suivantes :
- accompagner  les entrepreneurs à accéder aux financements dont ils ont besoin pour accroître leurs activités productives : formations, contrôles et assistance technique, etc.
- collaborer avec les institutions financières nationales et internationales pour gérer et fructifier en toute sécurité l’épargne nationale et les transferts de fonds des migrants afin de soutenir la production nationale et somme toute de réduire la dépendance de l’Union des Comores aux produits importés.
- création de plusieurs fonds de garanties à son sein pour rassurer  les institutions bancaires et les - inciter à financer de manière optimale l’économie comorienne : fonds de garantie pour les investissements de la diaspora, un autre pour les PME, un méga-fond pour les investissements stratégiques (agriculture, nouvelles technologies, infrastructures,  etc.).
- financer les investissements stratégiques et structurants à long et à court termes dans les secteurs clés de l’économie comorienne, et ce de manière individuelle ou dans le cadre d’un partenariat avec des investisseurs privés  nationaux et internationaux.


Retombées socio-économiques


Les retombées socio-économiques d’une telle structure sont considérables. Tous les agents  économiques en tireraient profit, si celle-ci est gérée à bon escient.  De prime abord, sa mise en place inciterait les banques à baisser leurs taux d’intérêt, à rallonger le délai de remboursement, à octroyer des sommes conséquentes permettant aux entrepreneurs comoriens de disposer à bas prix de fonds nécessaires pour leurs activités productives. Et c’est d’autant que l’existence des fonds de garantie au sein de cette structure réduirait le taux des créances douteuses, ce qui pourrait contribuer à augmenter le taux de bancarisation de la population au profit des institutions bancaires. Toutes choses égales par ailleurs, un tel climat assaini aboutira à l’émergence d’une économie de production et par effet de ricoche à une croissance économique forte au profit de toutes les couches sociales de la population. Quant à l’État, il ferra d’une pierre deux coups. D’une part, il élargira son assiette fiscale, ce qui se traduira par une hausse de ses ressources financières. D’autre part, il pourrait résoudre l’épineux problème de chômage des jeunes. Car, certes, cette population jeune et qualifiée (plus de 7000 étudiants à l’Université des Comores en 2015 et plus du double, voire le triple à l’étranger) constitue en soi une immense richesse pour notre jeune nation, mais elle représente aussi la plus grande menace pour sa cohésion sociale si les autorités politiques ne créent pas les conditions nécessaires permettant l’insertion de ces jeunes cohortes dans le marché du travail. En outre, la création de cette caisse permettrait aux autorités comoriennes d’être plus autonomes pour financer des investissements stratégiques et structurants qui contribueraient à mettre les Comores sur les rails du développement.


Les caisses des dépôts ont le vent en poupe dans les pays en développement


 Aux années 1990, les in Institutions de Bretton- Woods (FMI, Banque mondiale) furent farouchement opposées au maintien et à la création de ces structures dans les pays en développement. Ayant constaté que ces caisses sécurisent et mobilisent l’épargne nationale au service du développement, celles-ci furent contraintes de reconsidérer leurs positions au milieu des années 2000. De nos jours, elles ne s’opposent plus à leur mise en place. C’est ainsi qu’un bon nombre de pays africains ( Tunisie, Gabon, Mauritanie, etc.) ont d’ores et déjà créé chacun leurs structures. D’autres (Togo, Cameroun, Burkina-Faso, Madagascar, etc.) pensent à en créer pour soutenir leurs économies respectives afin de résorber le chômage des jeunes et, par voie de conséquence, de lutter contre la pauvreté des ménages terreau des extrémistes de tous bords.

 


Darchari  MIKIDACHE, inspecteur des finances publiques, président du think tank « Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC) » - Paris  


et Docteur ABDOU Katibou, enseignant vacataire d’économie à l’Université de Paris 1 – Panthéon-Sorbonne.  

contact : ceec.comores@gmail.com   www.ceec-comores.com

Tag(s) : #Economie de l'Océan Indien

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